Une de mes filles vit aux États-Unis. Il y a quelques jours elle partageait avec moi le texte de la lettre mensuelle publiée par l’école de ma petite fille qui a 4 ans. Je l’ai trouvée intéressante et j’ai demandé à son autrice, Abby Franklin, la responsable de l’école, l’autorisation de la publier, dont acte (traduction par mes soins).

« Je lisais récemment un truc de Prof Tom, quelque chose qui s’est mis à tourner en boucle dans ma tête. Il se posait la question : quel sorte d’être humain serait capable de créer un monde pacifique et comment faire pour aider cet humain à grandir ?
En tant que parents et éducateurs de la petite enfance, nous avons la chance de pouvoir influencer le futur au travers de la façon dont nous élevons les enfants.
Lorsque je réfléchis à la question de Tom, je n’imagine pas quelque chose d’abstrait ou de déconnecté. Je pense tout simplement aux enfants que nous avons devant nous tous les jours. Je pense à l’enfant qui est en colère et essaye d’apprendre quoi faire avec ses sentiments très forts, à celui qui veut le même jouet qu’un autre et doit imaginer comment attendre, négocier ou essayer une autre tactique, à celui encore en train de découvrir que sa voix compte et que celles des autres compte aussi.
Une personne qui crée de la paix n’est pas quelqu’un qui a été forcé à respecter un « bon comportement »; c’est quelqu’un qui se connait, quelqu’un qui a eu l’espace pour ressentir, pour lutter, pour pouvoir faire des erreurs, et en ressortir avec le sentiment d’être considéré et accepté.
Durant mes 33 ans d’éducatrice par le jeu, j’ai constaté encore et encore que ces qualités ne viennent pas avec des adultes dirigeant les enfants à chaque pas de leur parcours.
Ils ne grandissent vraiment que dans des moments « entre deux », dans le jeu, le conflit, les échanges.
Ils grandissent lorsqu’ils ont la confiance des adultes, lorsqu’on leur laisse du temps au lieu de les presser, lorsque nous choisissons la relation au lieu du contrôle.
Ce n’est pas toujours un travail facile et cela n’est pas toujours évident.
Mais si notre rôle est de faire grandir des humains capables de créer de la paix dans leurs relations, leurs communautés et dans le monde, alors c’est ce que nous devons faire.
Une vieille voiture à pédale …
Récemment, un de ces conflits s’est produit à propos de notre voiturette, la « Ket Car », très populaire ici à l’école. C’est une sorte de petite voiture à pédales démodée, cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Plusieurs enfants voulaient la voiturette, et nous n’en avons qu’une. Il y a toujours la même poignée d’enfants qui la désire, et avec ce désir naissent des sentiments forts de frustration, d’urgence, de déception et de conflit pour le partage du tour et de la durée.
En tant qu’adulte, c’est un peu lassant. Ce n’est pas drôle de travailler sur le même conflit chaque jour. Mais ce sont des moments vrais, des expériences profitables pour les enfants, des moments où ils apprennent quelque chose de réel qui a de la signification pour eux.
Notre rôle est de les aider à mettre un nom sur leurs sentiments, à écouter les autres et à les guider pour trouver les mots, passer des accords, faire l’expérience de l’inconfort de l’attente, et d’être capable de faire le plus important : réparer lorsque les choses tournent mal.
Voilà à quoi ressemble le conflit au début : c’est quand les enfants commencent à apprendre comment se comporter lorsqu’on désire quelque chose très fort tout en existant aux côtés d’autres qui le veulent tout autant. Ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille, cela peut être désordonné, bruyant et émotionnel. Mais c’est ce par quoi il faut passer.
Un monde pacifique sera un jour façonné par des gens qui savent traverser ce genre de moments sans se blesser mutuellement. Des gens qui savent écouter, résoudre des problèmes, et répondre à leurs besoins en même temps qu’à ceux des autres.
Et croyez-moi, cet apprentissage peut commencer avec quelque chose d’aussi simple qu’une caisse à savon dans une cour d’école.
Alors, peut-être que la question pourrait être, non pas quelle sorte de personne est capable de créer de la paix mais comment faire jour après jour de façon à permettre à cette personne de grandir ?
Et dans tout cela, il y a beaucoup d’espoir, parce que ces enfants sont déjà en train de devenir cette ‟sorte de gens qui savent créer de la paix‟. »
Abby Franklin
Head of Bellingham « Loving Space school »

My thanks to Abby for allowing me to publish her great text.