Abeilles et alimentation mondiale, poncifs et contre-vérités

Le thème de la « disparition annoncée » des abeilles  est désormais utilisé comme introduction classique de nombreux intervenants sur des sujets variés comme les OGM, la faim dans le monde, l’environnement de façon générale.
Deux prémices me font particulièrement réagir, tant ils relèvent de l’amalgame et du mauvais journalisme.

Le premier consiste à attribuer à Albert Einstein une phrase disant que la disparition des abeilles provoquera x années plus tard la disparition de l’homme. Je reste volontairement vague, dans la mesure où aucune de ces citations ne se ressemblent. Et pour cause, après avoir recherché en vain, je n’ai pas trouvé une reference officielle de cette citation par le grand chercheur. Passons. (Toute reférence est bienvenue néanmoins). Je vous engage d’ailleurs à lire l’excellent blog de Paul Binocle qui donne une excellente version des faits (6). Reste qu’en utilisant cette fausse citation on essaie souvent d’exagèrer la place primordiale qu’on prête à l’abeille, du moins sous cet angle direct, je vais m’en expliquer plus loin.
La deuxième fausse vérité concerne justement la démonstration de l’importance de ce butineur pour notre survie directe, c’est à dire pour notre alimentation. En fait l’alimentation humaine dans le monde est essentiellement tributaire – directement ou indirectement – de quatre grandes productions, dans l’ordre :
  • la canne à sucre,
  • le maïs,
  • le riz
  • et le blé.
Inutile de dire qu’aucune de ces plantes ne nécessite l’intervention de cette aimable butineuse. Et, bien évidemment, l’amande ou le concombre américain utilisés pour la démonstration dans la plupart de ces articles ne figurent pas parmi les produits cruciaux pour notre survie. (1,6 Millions de tonnes d’amandes par an vs 600 Millions de tonnes pour le blé, cherchez l’erreur ).Quant à la production d’amande faite aux états-unis, il y a beaucoup à dire. En effet, l’amande est effectivement le seul cas économiquement visible de l’effet de la disparition de l’abeille à ce jour, avec le commerce des ruches de pollinisation, évidemment.
Et oui, il est exact que 80% des amandes mondiales sont produites en Californie.
Mais il faut savoir qu’en 2005 le bassin méditerrannéen en produisait 47% (4), en bénéficiant de la pollinisation naturelle réalisée par les abeilles sauvages et domestiques locales.
Ce que l’on ne dit pas, c’est que l’on a industrialisé la production californienne à outrance à tel point que les abeilles locales ne suffisent plus et que l’on a eu recourt à des importations de colonies d’abeilles de différents points des Etats Unis puis du  globe entier pour cette industrie. Ces brassages de population sont par ailleurs peut-être en train de nous préparer une catastrophe apicole mondiale, suite à la généralisation des différentes maladies connues sur les différents continents.Pour finir, je prérerais manger des amandes du bassin méditerranéen tout proche que des amandes des US transportées en avion et produites avec des moyens gigantesques et ahurissants.

Attention, pas de méprise !
Je suis apiculteur, ardent défenseur de l’environnement, et directement touché par les difficultés que nous avons à maintenir notre cheptel apicole (j’ai perdu toutes mes colonnies dans l’hiver 2009/2010). Si je m’insurge dans ces lignes, c’est contre les mensonges et les amalgames, notamment dans deux articles cités en référence (1),(2)

Au final, sans avoir recourt à A. Einstein, (pour qui j’ai beaucoup de respect mais qui n’a pas spécialement fait preuve de passion pour ces questions d’ailleurs), nous pouvons estimer que l’abeille fait partie de ces sentinelles, telle la truite, l’hirondelle ou l’huitre, qui nous alertent sur une dégradation forte de notre environnement. Encore faut-il être très prudent dans l’interprètation de ce nous disent ces sentinelles et ne pas chercher à faire du spectacle à tout prix au travers de raccourcis douteux.

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Les articles mentionnés :
(1)
http://rock.marshall.free.fr/dotclear1/index.php?2008/09/26/3197-le-declin-des-abeilles-produit-ses-premiers-effets-economiques-par-stephane-foucart-sur-lemondefr
(2)
l’article du monde du 9 juillet du même Stéphane Foucart.

Quelques références :
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Blé#Les_statistiques_de_la_production_mondiale
(4) http://www.abhatoo.net.ma/index.php/fre/content/download/4420/50908/file/production_mondiale_fruits_legumes.pdf
(5)
http://www.ecoliteracy.org/essays/we-are-what-we-eat

(6)
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Méditerrannée, Tu meurs ?

Je viens régulièrement en Corse, endroit que j’adore.

La plongée (palme, masque et tuba le plus souvent) fait partie de mes activités préférées.
Cela faisait 2 ans que je n’étais pas venu sur l’île de beauté.
Les paysages y sont toujours magnifiques, la beauté toujours là.

Hélas,

Après 2 séances de 2 heures de « promenade » avec mon masque dans une petite crique près de Porto-Vecchio le bilan est triste :
3 étoiles de mer, 1 petite murène, quelques colonies de posidonies, 1 petit crabe, 1 concombre de mer, 1 petit banc de petites dorades, quelques autres espèces de petits poissons en petit nombre, des oursins. Le tout sur un fond uniforme grisatre. Pas de colonies de posidonies vivantes visibles (la plupart sont grises).
La plage reflète le fond : traces de pétrole, plastiques à volonté. Triste.

Sachant que nous sommes à quelques kilomètres de La réserve naturelle des bouches de Bonifacio, je suis très inquiet.

Les autres plages visitées en descendant vers Bonifacio ( Palombaggia, Balistra, Figari) sont mortes, ou presque.

Bien sûr, il s’agit simplement d’une impression, rien à voir avec une étude scientifique, hmmm ? Je vais retourner visiter le paradis sous-marin local prochainement, cette fois avec des bouteilles, en espérant ne pas y trouver une confirmation de ma première impression, ma dernière visite dans ce coin de la Corse date de plus de 6 ans ….

Peut-être mon impression est-elle erronée ? peut-être « Mare nostrum » est-elle en train de se remettre ?

A bientôt sur le même sujet !

Gaz, eau, électricité, Internet, … : réseaux interdépendants et hors de notre contrôle ?


Je l’ai déjà mentionné, je suis informaticien, je dirais même par passion, à l’origine du moins. Ceci me donne la possibilité de pouvoir recouper un certain nombre de phénomènes qui font réfléchir.
Dans son numéro de juin S&V nous présente une analyse des risques liés à la complexité de nos réseaux (énergie, eau, gaz, petrole, télécommunication, logistique …), à leur haut niveau d’interdépendance et à la fragilité causée par nos processus en flux tendus.
A ce constat, que je partage, je souhaiterais ajouter deux constats qui ne sont pas plus rassurants :

  • les réseaux d’énergies dépendent des réseaux de télécommunications qui eux-même ont besoin d’énergie, cela semble déjà très inquiétant. Ces dépendances sont réelles, avec plusieurs cas démontrés. Le point qui amplifie mon inquiétude est que nous sommes, pour les mêmes raisons de complexité, sur le point de ne plus savoir comment tester la réaction des logiciels qui prennent petit à petit plus d’importance dans ces réseaux.
  • mon deuxième sujet d’inquiétude est lié à  l’absence d’analyse des risques lorsque nous choisissons de confier certaines missions à des moyens dépendants de ces réseaux. Quel est l’intérêt d’évacuer nos eaux usées avec des pompes électriques quand la gravité fait cela si bien pour nous ? ou plutôt, quels risques prenons nous en se mettant dans cette situation ? Idem avec des pièces sans fenêtre ? Il y a de trop nombreux domaines où ces dépendances sont bien réelles mais ne sont pas nécessaires. A ce titre, l’évacuation de Montréal envisagée en 1998 suite à une panne d’électricité fait frémir !

Il est clair que la catastrophe de Fukushima constitue la cerise sur le gâteau : une centrale électrique manquant d’électricité pour se refroidir ! Pour les friands de sensations, relire le compte-rendu de l’incident de la centrale du Blayais, France, brrrrrr : nous n’en sommes pas loin !

http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/surete/rapport_sur_l_inondation_du_site_du_blayais.pdf