La légende du colibri

Connaissez-vous Pierre Rabhi ?

Il fait partie des personnalités du monde des « décroissants » auxquelles je me réfère souvent, en partie pour son approche humaine de la question écologique mais également pour son courage à se lancer dans des entreprises ambitieuses comme Kokopelli ou Colibris ( http://www.colibris-lemouvement.org/colibris/la-legende-du-colibri, voir sa biographie, car la liste est longue !).

Enfin j’aime aussi beaucoup le lien qu’il entretient entre sa vie, ses activités et la poésie.

Justement, à propos de poésie et de colibri.

Dans ses conférences, Pierre Rabhi a pour coutume de raconter une fable, d’origine amérindienne, que je rapporte ici et que vous retrouverez sur le site de Colibris :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

Voilà, dans mon billet précédent je vous avais promis de donner quelques pistes sur « quoi faire et comment faire pour décroître ? »

Pierre Rabhi nous donne là le secret de sa réussite, et une première piste dans cette direction.

Courage , Fuyons !

Egavar

L’oeuvre de Pierre Rabhi, agroécologie :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi

Courage ! Fuyons !

 Cela ne surprendra personne si je vous dis que je suis un défenseur de la décroissance et de la durabilité, et tant pis si le néologisme n’est pas très élégant, le terme me semble approprié. Je m’étais promis depuis longtemps d’écrire un article sur ce sujet pour expliquer de façon synthétique et simple de quoi il s’agit et pourquoi je défends ce mouvement et partage son analyse. Le voici. J’ai aussi promis d’essayer de répondre à la question qui m’est souvent posée : c’est bien joli ton point de vue, mais que changer ? comment  ? Ce sera la suite logique à ce premier billet sur ce thème.

Décroissance

Donc nous avons dit décroissance ….  les  mouvements dit des « décroissants » naîssent dans la deuxième partie du 20 ème siècle, entre la fin de la deuxième guerre mondiale et la sortie des 30 glorieuses. Il est animé par des sociologues et des économistes relayés par d’autres personnalités remarquables, comme Pierre Rabhi ou Toby Hemenway. La reflexion part tout d’abord du constat – qui n’était à l’époque pas largement admis – que les ressources non renouvelables de la planète étaient par définition limitées et que prétendre que l’on pourrait croître à l’infini, c’est à dire continuer à consommer toujours plus et sans fin ces ressources était une utopie.

terre

Le deuxième  déclencheur, ce sont les inégalités sociales qui augmentent avec la croissance, ce qu’étayent de très sérieuses études (11). Le progrès social, ou plutôt le mieux être, qui avait accompagné le progrès technique au milieu du XX ème siècle est en panne (1).

Croissance croissance croissance…

Le discours  largement dominant de la classe politique et des économistes « officiels » reste tourné exclusivement autour de la nécessité de croissance, de plus de croissance, qui est la condition de survie du modèle économique actuel, son carburant on peut presque dire (2). Par opposition, le mouvement des décroissants est avant tout un mouvement anti-croissance qui propose de réduire au plus vite notre pression sur l’environnement (on parlera de diminuer notre empreinte écologique) afin de permettre aux générations qui nous suivront de vivre dans des conditions au moins aussi bonnes que les nôtres, et pourquoi pas meilleures et en tout cas avec moins d’inégalités et plus de dignité. C’est aussi et surtout le slogan de ceux qui veulent agir et pensent que la cause n’est pas perdue.

 

440px-GlobalPeakOil

 

Note : pic de production de pétrole (ref Wikipedia)

Où en est-on en 2014 ? Nous avons passé récemment le cap des maximum de production (et donc de consommation) de très nombreuses matières premières dont la plus visible est certainement le pétrole, mais ceci est vrai pour d’autres produits qui nous semblent indispensables aujourd’hui : certaines matières de base comme les engrais, les terres rares utilisées pour construire les ordinateurs, écrans, la plupart des métaux rares nécessaires pour la fabrication de batteries de composants électroniques etc etc. Indépendamment de la consommation faite de ces matières, leur quantité est limitée (nous n’avons qu’une planète) et ne sont pas renouvelables.  (Le recyclage concerne peu ces produits rares). Se rajoute à ce phénomène la contrainte de pollution : bien qu’il reste assez de charbon pour un autre siècle et demi à la cadence actuelle (c’est à dire en arrêtant la croissance) il ne sera plus possible de l’utiliser massivement dans quelques décennies car la pollution générée va poser des problèmes de santé insurmontables (CO2, poussières …) qui toucheraient toutes les populations du nord ou du sud, riches comme pauvres.

N’oublions pas non plus l’eau douce, qui, bien que renouvelable, est progressivement rendue non potable par nos activités industrielles et agricoles.

L’agriculture et toute la civilisation actuelle étant tributaire de l’énergie fossile, de l’eau et autres matières en cours de disparition nous sommes donc bien dans une impasse.

Ce constat a été fait il y a maintenant plus de 30 ans. La mauvaise nouvelle est que les prévisions de fin de ces ressources s’affinent et convergent vers des dates bien plus proches que nous ne le pensions il y a seulement 10 ans (11) : 2050 pour le pétrole, 2040 pour l’uranium etc…. Cela signifie qu’avec l’espérance de vie actuelle, même les quinquagénaires d’aujourd’hui se trouveront confrontés aux effets de la pénurie à venir. Quant à leurs enfants, ils vont passer leur vie d’adulte dans ce contexte !

Et même les stratégies « après moi le déluge » ont du plomb dans l’aile !

empreinte

Note : Cette courbe montre l’évolution du nombre d’équivalent-terres consommé par l’homme, c’est à dire que nous consommons pour l’instant 1,2 terres ….. en d’autres termes que les « 0,2 » de trop sont des « dettes » vis à vis de notre environnement.

Par ailleurs, la population des terriens croît à une telle vitesse (10 milliards d’individus à l’horizon 2050 soit dans à peine plus de 30 ans ! ) (6) qu’elle va croiser rapidement la courbe descendante des surfaces agricoles grignotées par l’expansion des habitations, de l’industrie, des commerces et des routes et rendues stériles par le changement climatique et les pratiques agricoles actuelles. Il sera donc impossible dans ce contexte de nourrir une telle population, du moins sur la base du train de vie actuel de la minorité riche [occidentale], si rien ne change en tout cas.

Il n’y a donc pas de futur possible pour une humanité inscrite dans un cycle de croissance infinie, qu’il s’agisse de la croissance du nombre de « locaterre » ou de l’augmentation de la consommation de chacun d’entre eux. Toby Hemenway intitule une de ses conférences « Comment la permaculture peut sauver l’Humanité et la Terre, mais pas la civilisation » (5) : tout est dit ! C’est pour proposer une alternative face à cette impasse qu’est né le mouvement des décroissants (4) et quelques autres de part le monde.

Les mouvements décroissants

L’agriculture a une part importante à jouer dans les solutions au problème que pose la croissance. C’est donc sans surprise que l’on retrouve parmi ces mouvements des projets inspirés par de nouvelles pratiques agricoles. La plupart de ces mouvements ont également des composantes culturelles, sociales et sociétales, quelquefois politiques. Pour en citer quelques-uns :

  • le mouvement « permaculture » (d’origine Australienne)
  • Masanobu Fukuoka (Japon)
  • Buen Vivir (Ande, Amerique du sud)
  • les décroissants (France)

Et si on ne faisait rien ?

Que se passerait-il si nous ne faisions rien ?

Les scénarios envisagés par les scientifiques, les sociologues et les intellectuels qui partagent le point de vue des décroissants ne sont pas réjouissants : les guerres y sont en bonne place, voir Jacques Attali (1), Serge Latouche (12), Paul Aries (10), etc.

Que faire ?

Comme le colibri de Pierre Rabhi (9), chacun peut apporter sa contribution, même si l’immensité de la tâche peut effrayer, et je reviendrai très prochainement sur ce thème. Pour l’essentiel il nous faut tous œuvrer pour fuir le productivisme et le consumérisme, la mission est difficile, d’où mon mot d’ordre :

Courage ! Fuyons !

… ce modèle qui nous mène à une impasse.

À bientôt sur le même sujet.

Egavar


 

Les exemples et expériences concrètes :

Le village de Marinaleda en Andalousie : http://www.liberation.fr/monde/2014/02/17/marinaleda-le-cuba-andalou_980841

L’école et le village de Sophie Rabhi

http://www.la-ferme-des-enfants.com/voir_aussi_ecole_bibliographie.html

Pierre Rabhi, agroécologie :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi

Habitat participatif, groupé :

Renvois ————————–

(1) Voir l’interview de Jacques Attali dans le dépliant CLES spécial progrès publié avec le soutien d’EDF

(2) « sans lendemain » https://www.youtube.com/watch?v=a0J2gj80EVI&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3Da0J2gj80EVI&app=desktop&feature=share_email

(3) http://www.legrandsoir.info/le-concept-andin-de-buen-vivir-et-l-ecosocialisme.html

(4) http://www.decroissant.org

(5) http://www.youtube.com/watch?v=8nLKHYHmPbo

(6) http://www.planetoscope.com/natalite/5-croissance-de-la-population-mondiale-sur-terre-naissances—deces-.html

(7) http://mktg.factosoft.com/consoglobe/image-upload/img/evolution-population-mondiale.JPG)

(8) wikipedia :  https://fr.m.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9croissance_(%C3%A9conomie)

(9) https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi

(10) Paul Aries, La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, La decouverte, 2011

(11) Le rapport du Club de Rome (1972) « mise à jour des 30 ans » (désolé, en anglais) http://www.donellameadows.org/archives/a-synopsis-limits-to-growth-the-30-year-update/

(12) Yves Cochet, Jean-Pierre Dupuy, Susan George, Serge Latouche, Où va le monde ? 2012-2022 d une décennie au devant des catastrophes.

Arthur et le Ragon rouge

Arthur est un petit garçon, il a crois ans. C’est mon petit-fils. Rien que pour cela je pourrais le considérer comme extraordinaire, comme ses cousins et cousines. Non, Arthur est extraordinaire car il est le seul enfant que je connaisse qui soit à ce point expert en ragons. Mais le mieux est de le laisser raconter lui-même ses aventures.

ragon rouge

Aujourd’hui Maman nous a confié à Mamy et Papy avec mon frère Robin. Nous, on aime bien. En plus nous avons été chez Mamy Sophie dans la montagne, une grande aventure.

Dans la voiture nous avons parlé avec Mamy et Papy de mes ragons. Mamy a tout de suite prétendu que les ragons cela n’existait que dans les livres. En fait je crois qu’elle dit ça pour que je ne fasse pas de cauchemars la nuit avec les ragons qui viennent me voir. Et puis, si ça n’existe que dans les livres pourquoi apprendrait-on dans des livres des trucs qui n’existent pas ? Je crois qu’elle n’est elle-même pas très sure, elle dit bien qu’elle n’en a jamais vu, mais est-ce que ça veut dire ? je les vois, elle ne les voit pas c’est tout ! mon Papy, c’est autre chose. Il m’a dit tout de suite qu’il était d’accord et m’a même expliqué des tas de choses : par exemple comment les ragons se mettent à grogner en provoquant le tonnerre lorsque quelqu’un les dérange ou leur fait mal. Je suis aussi d’accord avec lui, ce sont eux qui crachent les éclairs et le feu. On s’est aussi dit que c’était eux qui faisaient la pluie en faisant pipi.   Il y a pourtant deux sujets qui nous séparent. C’est que j’ai un doute sur Papy et sur Mamy Sophie. Mamy Sophie dit que les ragons sont noirs alors que Papy prétend qu’ils sont verts. Tous ça c’est des racontars puisque je sais bien moi qu’ils sont rouges. Je les soupçonne de ne jamais en avoir vu et de me raconter des salades. Dans l’après-midi j’ai montré à Papy le ragon qui a couché les fleurs de Mamy Sophie dans le jardin, il est passé rapidement en écrasant tout. Papy n’a rien vu. On se dispute aussi sur leur caractère. Papy dit qu’il y en a des gentils. Je n’y crois pas. Il dit qu’il y en a un petit dans le fourneau de Mamy Sophie et qu’il en a un tout petit bébé dans sa poche qui crache une toute petite flamme. Cette fois c’est n’importe quoi je crois. Avant de partir Tati Colette a découvert qu’il y avait une cage de lapin ouverte. Bizarre. Personne n’a parlé du ragon cette fois, peut-être que Robin … ?

Finalement nous sommes rentrés à la maison, j’étais prêt à affronter de nouveau le ragon de ma chambre. Mamy a raison, c’est vrai qu’il me fait un peu peur la nuit quand je me réveille et qu’il me regarde avec ses yeux de feu. En même temps et si celui-ci était gentil ? Nous sommes arrivés endormis et  je me suis réveillé le lendemain, je n’ai pas vu le ragon cette fois. Il faudra que je réussisse à lui parler une nuit … peut-être pourra-t-il me dire si il a des cousins verts ou noirs ?

Consommer « solide » ou le syndrome du tire-bouchon chinois

Parmi les objets qui me sont chers se trouvent un tire-bouchon et une horloge comtoise tout deux hérités de mon Grand-Père.
J’ai souvenir d’avoir vu ce dernier utiliser ce tire-bouchon alors que j’étais enfant, il y a environ 50 ans, peut-être en avait-il d’ailleurs lui-même hérité ? Simple et fiable, Il est fait d’acier et d’aluminium, est très fonctionnel. Comble de sophistication, il comporte une lame de rechange, qui n’a bien sûr jamais servi, malgré l’intérêt que son propriétaire manifestait pour les bons vins.
La grande horloge est tout autre. Mon père se souvient qu’étant jeune – il devait avoir une douzaine d’années – cet instrument lui rendait impossibles les nuits qu’il passait régulièrement dans la chambre de SON grand-père, avec ce carillon toutes les demi-heures et l’égrenage de chaque heure.
Enquête menée, cette horloge familiale date en fait de 1848 environ, bientôt 170 ans.
Après une courte réparation l’année dernière, qui a surtout consisté à lui retrouver deux poids, une manivelle, un meuble, un balancier (d’époque, svp, merci aux enfants qui nous ont fait cet inestimable cadeau et à cet horloger de génie qui fût leur complice)
Et à lui faire subir un nettoyage. Et la voilà comme neuve qui rythme le temps maintenant à la maison avec une précision incroyable.
Tic,tic-tac, la vielle horloge de Grand-Mère,
Tic-tic-tac ….(1)

Où veut-il en venir direz-vous ?

Vous avez tous probablement déjà fait l’expérience du tire-bouchon de foire chromé dont la tête décapsuleuse a déclaré forfait à sa première rencontre avec une bouteille de bière ? Et la paire de ciseaux qui n’a jamais rien coupé ? La lampe de poche qui a rendu l’âme la première semaine ? La perceuse qui s’est mise à fumer au premier perçage, le ciseau à bois abîmé lors de sa première confrontation avec le balsa ….
Tous ces objets ont un points commun : ils sont pour la plupart des imitations, des « ersatz » comme disait Morris (2), des facsimile pour certains (cad pour lesquels l’intention même de faire un outil fonctionnel n’est pas prouvée) , donc dis-je, des reproductions d’objets usuels qui furent dans le passé des outils ou accessoires ayant une durée de vie illimitée à l’échelle humaine, que l’on se transmettait de génération en génération, telles la passoire et la louche en aluminium ou la hâche, et qui sont maintenant produits dans des pays lointains avec des matériaux de mauvaise qualité dont les dimensions ont été réduites (épaisseur, largeur, diamètre) afin d’en diminuer le coût de production.

Le résultat ? Des milliards d’unités de ce type arrivent par bateau en Europe chaque année, passent brièvement par l’étal du marché pour atterrir sans coup férir dans nos déchetteries après la première tentative d’utilisation, voire quelquefois avant.

Qu’y faire ?

Citoyens de tous les pays …. Vous avez le pouvoir en tant que consommateur. Refusez tout net de participer à cette gabegie, achetons du solide, fabriqué proche de chez nous !

Maintenant voilà, je sais, ça n’est pas facile, et puis, il est si tentant ce lot de dix tire-bouchons de différentes couleurs ….. !

Courage, … fuyons !
(1) Pierre Chêne, chanteur et conteur
(2) William Morris, « l’Age de l’ersatz’, cité par Paul Ariès dans « La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance »

Pour une agriculture [plus] durable

CaptureLe 4 avril, demain ! j’aurai le plaisir de faire une communication autour de l’agriculture durable dans les locaux de l’association d’Arboriculture de la Vallée de la Mossig (AAVM). Autour de ce thème nous ferons tout d’abord un voyage dans le temps pour comprendre comment l’Agriculture est née et s’est propagée dans le monde, avec ses effets sur la société humaine et sur les paysages. Nous ferons ensuite un inventaire des besoins de nos exploitations agricoles d’aujourd’hui avec une attention particulière aux éléments non durables (épuisables) en jeu dans leur fonctionnement. Pour finir nous essayerons de donner des pistes de réflexion dans la direction du « plus durable ».
Mais voilà, il y a en quelques sorte des « devoirs à la maison » avant de venir participer au débat ! je vous propose en effet en guise d’introduction de regarder l’excellente animation « sans lendemain » traduite grâce à nos amis belges. Elle donnera le ton.

Pour ceux termineraient dépressifs après cette superbe réalisation je vous propose l’antidote avec les tomates même si on rit jaune quelquefois.

Et pour qui ne sont pas dégoûtés d’ici là, rendez-vous demain soir !

Egavar

La France et son quintuple A

C’est la fierté de la France d’avoir depuis longtemps sa notation 5A décernée par Association amicale des amateurs d’andouillette authentique (AAAAA). Blague à part, comprendra-t-on qu’au delà du fait que le monde économique a la totale main mise sur notre planète, notre modèle basé sur la croissance infinie est une impasse ?

Méditerrannée, tu meurs ? (2)

Comme promis des nouvelles de Mare Nostrum.
De retour d’une plongée (avec bouteille cette fois) autour de l’île la plus au nord de l’achipel des Cerbicales, en face de la plage de Palombaggia, sud-est de la corse, appelée « La Vaccha ».
Nous y avons rencontré par 18 mètres de fond des mérous (une bonne vingtaine en tout), des Barracudas (un banc de 15 individus), 5 murènes. Bien sûr des Castagnoles, des dentis, plus la cohorte habituelle de girelles et de dorades.
Pas de coraux ou presque, pas de coquillage, pas d’oursins, pas de poulpe, ni de crabe, ni de  ….. Pas de couleur en résumé. Toujours ce gris surprenant et uniforme qui me met assez mal à l’aise. L’eau est d’une limpidité exceptionnelle, 24°, l’idéal pour avoir une flore et une faune florissante .. Alors ?
C’est un peu comme si tout un pan de la pyramide alimentaire avait disparu.
Impression toujours ou réalité ?


Pour compléter, j’ai fait une exploration PMT d’une petite anse à l’extrême sud de l’île de beauté, ou presque : la pointe de la Testa. J’ai eu la joie (chance) de rencontrer immédiatement une superbe raie sur son petit banc de sable. Malheureusement entourée en surface de très nombreuses méduses …. Vous imaginez que je n’ai pas continué mon incursion plus longtemps ….

Je maintiens que partout où je regarde, les fonds me semblent morts, alors, 

Abeilles et alimentation mondiale, poncifs et contre-vérités

Le thème de la « disparition annoncée » des abeilles  est désormais utilisé comme introduction classique de nombreux intervenants sur des sujets variés comme les OGM, la faim dans le monde, l’environnement de façon générale.
Deux prémices me font particulièrement réagir, tant ils relèvent de l’amalgame et du mauvais journalisme.

Le premier consiste à attribuer à Albert Einstein une phrase disant que la disparition des abeilles provoquera x années plus tard la disparition de l’homme. Je reste volontairement vague, dans la mesure où aucune de ces citations ne se ressemblent. Et pour cause, après avoir recherché en vain, je n’ai pas trouvé une reference officielle de cette citation par le grand chercheur. Passons. (Toute reférence est bienvenue néanmoins). Je vous engage d’ailleurs à lire l’excellent blog de Paul Binocle qui donne une excellente version des faits (6). Reste qu’en utilisant cette fausse citation on essaie souvent d’exagèrer la place primordiale qu’on prête à l’abeille, du moins sous cet angle direct, je vais m’en expliquer plus loin.
La deuxième fausse vérité concerne justement la démonstration de l’importance de ce butineur pour notre survie directe, c’est à dire pour notre alimentation. En fait l’alimentation humaine dans le monde est essentiellement tributaire – directement ou indirectement – de quatre grandes productions, dans l’ordre :
  • la canne à sucre,
  • le maïs,
  • le riz
  • et le blé.
Inutile de dire qu’aucune de ces plantes ne nécessite l’intervention de cette aimable butineuse. Et, bien évidemment, l’amande ou le concombre américain utilisés pour la démonstration dans la plupart de ces articles ne figurent pas parmi les produits cruciaux pour notre survie. (1,6 Millions de tonnes d’amandes par an vs 600 Millions de tonnes pour le blé, cherchez l’erreur ).Quant à la production d’amande faite aux états-unis, il y a beaucoup à dire. En effet, l’amande est effectivement le seul cas économiquement visible de l’effet de la disparition de l’abeille à ce jour, avec le commerce des ruches de pollinisation, évidemment.
Et oui, il est exact que 80% des amandes mondiales sont produites en Californie.
Mais il faut savoir qu’en 2005 le bassin méditerrannéen en produisait 47% (4), en bénéficiant de la pollinisation naturelle réalisée par les abeilles sauvages et domestiques locales.
Ce que l’on ne dit pas, c’est que l’on a industrialisé la production californienne à outrance à tel point que les abeilles locales ne suffisent plus et que l’on a eu recourt à des importations de colonies d’abeilles de différents points des Etats Unis puis du  globe entier pour cette industrie. Ces brassages de population sont par ailleurs peut-être en train de nous préparer une catastrophe apicole mondiale, suite à la généralisation des différentes maladies connues sur les différents continents.Pour finir, je prérerais manger des amandes du bassin méditerranéen tout proche que des amandes des US transportées en avion et produites avec des moyens gigantesques et ahurissants.

Attention, pas de méprise !
Je suis apiculteur, ardent défenseur de l’environnement, et directement touché par les difficultés que nous avons à maintenir notre cheptel apicole (j’ai perdu toutes mes colonnies dans l’hiver 2009/2010). Si je m’insurge dans ces lignes, c’est contre les mensonges et les amalgames, notamment dans deux articles cités en référence (1),(2)

Au final, sans avoir recourt à A. Einstein, (pour qui j’ai beaucoup de respect mais qui n’a pas spécialement fait preuve de passion pour ces questions d’ailleurs), nous pouvons estimer que l’abeille fait partie de ces sentinelles, telle la truite, l’hirondelle ou l’huitre, qui nous alertent sur une dégradation forte de notre environnement. Encore faut-il être très prudent dans l’interprètation de ce nous disent ces sentinelles et ne pas chercher à faire du spectacle à tout prix au travers de raccourcis douteux.

———
Les articles mentionnés :
(1)
http://rock.marshall.free.fr/dotclear1/index.php?2008/09/26/3197-le-declin-des-abeilles-produit-ses-premiers-effets-economiques-par-stephane-foucart-sur-lemondefr
(2)
l’article du monde du 9 juillet du même Stéphane Foucart.

Quelques références :
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Blé#Les_statistiques_de_la_production_mondiale
(4) http://www.abhatoo.net.ma/index.php/fre/content/download/4420/50908/file/production_mondiale_fruits_legumes.pdf
(5)
http://www.ecoliteracy.org/essays/we-are-what-we-eat

(6)
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Méditerrannée, Tu meurs ?

Je viens régulièrement en Corse, endroit que j’adore.

La plongée (palme, masque et tuba le plus souvent) fait partie de mes activités préférées.
Cela faisait 2 ans que je n’étais pas venu sur l’île de beauté.
Les paysages y sont toujours magnifiques, la beauté toujours là.

Hélas,

Après 2 séances de 2 heures de « promenade » avec mon masque dans une petite crique près de Porto-Vecchio le bilan est triste :
3 étoiles de mer, 1 petite murène, quelques colonies de posidonies, 1 petit crabe, 1 concombre de mer, 1 petit banc de petites dorades, quelques autres espèces de petits poissons en petit nombre, des oursins. Le tout sur un fond uniforme grisatre. Pas de colonies de posidonies vivantes visibles (la plupart sont grises).
La plage reflète le fond : traces de pétrole, plastiques à volonté. Triste.

Sachant que nous sommes à quelques kilomètres de La réserve naturelle des bouches de Bonifacio, je suis très inquiet.

Les autres plages visitées en descendant vers Bonifacio ( Palombaggia, Balistra, Figari) sont mortes, ou presque.

Bien sûr, il s’agit simplement d’une impression, rien à voir avec une étude scientifique, hmmm ? Je vais retourner visiter le paradis sous-marin local prochainement, cette fois avec des bouteilles, en espérant ne pas y trouver une confirmation de ma première impression, ma dernière visite dans ce coin de la Corse date de plus de 6 ans ….

Peut-être mon impression est-elle erronée ? peut-être « Mare nostrum » est-elle en train de se remettre ?

A bientôt sur le même sujet !

Gaz, eau, électricité, Internet, … : réseaux interdépendants et hors de notre contrôle ?


Je l’ai déjà mentionné, je suis informaticien, je dirais même par passion, à l’origine du moins. Ceci me donne la possibilité de pouvoir recouper un certain nombre de phénomènes qui font réfléchir.
Dans son numéro de juin S&V nous présente une analyse des risques liés à la complexité de nos réseaux (énergie, eau, gaz, petrole, télécommunication, logistique …), à leur haut niveau d’interdépendance et à la fragilité causée par nos processus en flux tendus.
A ce constat, que je partage, je souhaiterais ajouter deux constats qui ne sont pas plus rassurants :

  • les réseaux d’énergies dépendent des réseaux de télécommunications qui eux-même ont besoin d’énergie, cela semble déjà très inquiétant. Ces dépendances sont réelles, avec plusieurs cas démontrés. Le point qui amplifie mon inquiétude est que nous sommes, pour les mêmes raisons de complexité, sur le point de ne plus savoir comment tester la réaction des logiciels qui prennent petit à petit plus d’importance dans ces réseaux.
  • mon deuxième sujet d’inquiétude est lié à  l’absence d’analyse des risques lorsque nous choisissons de confier certaines missions à des moyens dépendants de ces réseaux. Quel est l’intérêt d’évacuer nos eaux usées avec des pompes électriques quand la gravité fait cela si bien pour nous ? ou plutôt, quels risques prenons nous en se mettant dans cette situation ? Idem avec des pièces sans fenêtre ? Il y a de trop nombreux domaines où ces dépendances sont bien réelles mais ne sont pas nécessaires. A ce titre, l’évacuation de Montréal envisagée en 1998 suite à une panne d’électricité fait frémir !

Il est clair que la catastrophe de Fukushima constitue la cerise sur le gâteau : une centrale électrique manquant d’électricité pour se refroidir ! Pour les friands de sensations, relire le compte-rendu de l’incident de la centrale du Blayais, France, brrrrrr : nous n’en sommes pas loin !

http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/surete/rapport_sur_l_inondation_du_site_du_blayais.pdf